J'ai envie de pisser...

Publié le par Corn-Flakes

_ Ok les gars, je m'absente, je vais pisser.


Techniquement, c'est ce que j'ai pensé avoir dit. Mais bon, j'étais tellement défoncé que le contrôle de mon allocution laissait à désirer. Faut préciser aussi que la musique, cette musique à base de basse ultra puissante avait rendu sourd tout mon auditoire. Finalement on aurait pu en déduire que j'étais parti sans dire un mot, en loucedé, mais de toute manière, qui se souviendra de ce moment ? Ce n'était que quelques minutes parmi la dizaine d'heures que contenait cette soirée. Ce n'était rien de plus qu'un insignifiant grain de sable dans l'univers.


Bref, quoiqu'il en soit, je suis là, en train de tituber vers les toilettes. Ma vision est totalement déformée par la drogue et l'alcool, et mes yeux ne sont plus que deux minuscules trous de bite desquels je vois à peine où je pose les pieds. Je manque de glisser sur des bouteilles de bière, je me heurte contre des mecs gisant au sol, ivres morts, et précisons également qu'à chacun de mes pas, j'ai l'impression d'enfoncer mes semelles dans une matière visqueuse ne ressemblant pas du tout au parquet d'origine. De ce point de vue, on pourrait croire que c'est le chaos. Mais en fait, soyons réaliste, ça l'est véritablement. Le Chaos avec un grand C, la Défonce avec un grand D, et la responsabilité avec un tout petit, minuscule, rikiki, inexistant r. Peut être vous demandez vous ce que je fais ici ? Alors, sachez seulement que ici, c'est le pote d'un pote qui est frère avec un autre pote de notre pote. Et si je suis ici, c'est tout bonnement parce qu'on m'a dit qu'il y avait une énorme soirée qu'il fallait absolument ne pas manquer. Du moins, je pense qu'il s'agit d'un truc comme ça.


Les toilettes ne sont plus qu'à quelques millimètre de moi. Moi, jeune, insouciant, totalement con, croyant baiser la vie au plus profond en ignorant totalement que c'est elle qui en fait me baise. Moi, me croyant nihiliste, blasé de tout et supérieur à vous tous. Moi, qui ne suit qu'une grosse loque imbu d'elle-même, et finalement, moi qui tourne la poignée de la porte des toilettes.


Et c'est fermé.


Je crois être resté plus de trente secondes, la main sur cette poignée, la bouche grand ouverte dans une expression incommensurable de surprise. Mon rêve, celui de pisser debout, en train de viser le fond de la cuvette pour finalement en foutre partout et penser avec délectation à la personne qui passera après moi, en espérant que ce soit une femme, et bien ce rêve, il vient tout juste de s'évanouir. Car la porte, aussi incroyable soit-il, est fermée.


Et merde.


Alors je me plante devant, espérant que quelqu'un en sorte rapidement. Mais rien n'y fait, tout semble jouer contre moi. Et à l'intérieur de moi, dans mon bas-ventre pour être précis, je sens ma vessie qui n'a qu'une seule envie, rejeter toute l'urine qu'elle contient. Alors je me mets à gigoter, et je frappe à la porte. Et personne ne me répond. Je colle mon oreille contre la surface froide de cette putain de porte, et tout ce que j'entends, ce sont des gémissements tout à fait identifiables, et ce même avec la musique à fond. Putain, un couple est en train de baiser dans les chiottes alors que moi, j'en ai véritablement besoin pour me soulager d'une toute autre manière. J'aurais pu rester là et attendre qu'ils aient terminés. Mais je n'en pouvais plus, ma vessie était sur le point d'exploser, et chaque seconde d'attente était une indicible horreur. Il me fallait trouver un moyen de pisser. Et vite !


Ma première pensée fut naturellement d'aller dehors, mais s'enfiler quinze étages, et ce même avec un ascenseur, relevait du véritable exploit. Il me restait alors la salle de bain, pièce qui en plus se trouvait juste à côté de ma personne. Parfait. Et qui plus est, la poignée tournait. Parfait. Je me précipite vers la douche, commençant à faire glisser ma fermeture éclair, et là, horreur ! Oui, vous avez bien entendu : horreur ! Horreur car une fille est là, inconsciente sur le marbre de la douche, à moitié dévêtue et recouverte de sa propre gerbe. Je suis pris d'un dilemme. Je pourrais pisser sur ce marbre si blanc à en arroser le carrelage sur le mur, plaisir que seul les riches peuvent se permettre, et de surcroît vider ma vessie, mais d'un autre côté, uriner sur une fille, ça ne se fait pas, même si elle est déjà recouverte de vomi. J'ai beau être un salaud et être complètement défoncé, ça ne se fait pas pour autant.


Alors, j'essaye de la déplacer, de l'extirper de la douche. J'aurais pu y arriver, si j'avais le temps nécessaire, mais mon envie était plus que pressante. Il fallait agir, et vite. Évidemment, le lavabo était bouché et débordait déjà. Alors, je me précipite en toute hâte dans le salon, slalome entre les loques humaines au sol et parviens devant les fenêtres. De grandes fenêtres style Louis XVI, décidément, l'hôte de ces lieux ne doit pas manquer de ressources. Bref, je les ouvre, prends la première chaise qui me passe sous la main, monte dessus et laisse sortir mon pénis qui aussitôt lâche un long et puissant jet d'un liquide dorée. Tout cela en est presque poétique. Au comble de l'extase, je commence à viser les géraniums du voisin d'en dessous histoire de les arroser un petit peu. Et tout se passe à merveille, tout se déverse dans la rue ou sur le balcon du voisin, et je suis heureux. Soulagé et heureux, comme si je venais de vivre la plus belle expérience de toute ma vie.


Tout est bien qui finit bien. Je remonte ma braguette, et l'expression de béatitude de mon visage se transforme en une expression de douleur contenue. Mon visage se tord pour lutter contre la douleur. Et quel douleur, puisque je viens de me coincer la bite dans la braguette. Je souffre. Je souffre tellement que je hurle. Je hurle tellement que je suis au comble de la panique. Et c'est cette panique qui me fera glisser de la chaise, et c'est cette panique qui me fera tomber par la fenêtre. Quinze étages plus bas, me voici complètement ratatiné, en compagnie de ma pisse.

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Bleumarine 12/01/2009 16:25

Je suis morte de rire ! fallait oser écrire un texte pareil sur un élément de vie incontournable, celui de pisser ...

stephanie gaou 12/01/2009 15:48

On aurait pu dire "laisse pisser", mais je ne sais pas si c'est le bon moment...