On tourne...

Publié le par Corn-Flakes

_Merde, j’ai dérapé
Et comme pour confirmer cette phrase, un jet de sang gicle sur mon visage. J’appuis le fort possible sur la plaie pour stopper l’hémorragie. Le liquide vermeil s’infiltre entre mes phalanges.
_Tu fais chier mec.
Lui, c’est Kyle, une espèce de cow-boy des temps modernes, le style de mec qui se fait habituellement vengeance seul, qui fait quasiment tout seul même. Sauf que là, il avait besoin de mon aide.
_Désolé, c’est la première fois que j’ouvre un truc aussi gros.
En plus, il m’a demandé d’inciser auprès du cœur, et moi, comme un con, j’arrive à lui percer l’aorte avec la pointe de mon scalpel. Je sens le sang pulser dans cette grosse veine qui sur le coup me fait furieusement penser à une jante de vélo. L’hémorragie se calme. J’ose à peine imaginer ce que va ressentir le mec quand il va se réveiller. Comme une envie de se gratter les entrailles sans doute. Il lui en faudra des analgésiques pour combattre cette envie. Le pauvre…
_Pourquoi tu as besoin de lui vivant au fait?
Kyle me regarde avec deux gros yeux globuleux digne d’un poisson venant d’être péché.
_Aucune idée.
Je jette ma lame d’acier sur la table qui répond dans un tintement métallique.
_Et merde, tu me demandes de proprement entailler et de le recoudre sans lui faire trop de dommages alors que tu peux tout aussi bien le massacrer, prendre la saloperie que tu recherches et balancer son corps à la flotte!
Il m’adresse un sourire gêné.
_Euh… j’aime le boulot bien fait…
Ouais ouais ouais ouais. Il y a vraiment des cons dans le monde, mais là, je suis tombé sur un des plus gros. Belle prise.
_Va te faire foutre, tu vas voir ce que ça va donner ton travail bien fait.
Je me retourne vers le corps étendu sur la table, une lueur de démence dans le regard.
_Scalpel!
N’ayant pas d’assistant pour me donner l’objet suscité, je saisis moi-même l’ustensile.
_Regarde mec.
D’un geste brutal je taillade le torse, juste à droite de la position approximative du cœur. D’abord j’aperçois juste une entaille, comme une cicatrice, légèrement ouverte. Puis subitement, elle s’évase, m’offrant un sourire. Je vois de la chair grise, des petites veines, et ce que Kyle recherche, se trouvant juste au dessus d’un muscle se contractant et se décontractant régulièrement. Vous l’aurez deviné, il s’agit du cœur. J’avais vraiment bien visé, je devrais peut être me reconvertir en joueur de fléchettes. Puis soudain, c’est le déluge. La petite capsule bleuâtre que mon cow-boy convoite se retrouve enseveli sous des flux discontinus de sang d’un rouge pur.
_Zut, j’ai dû lui ouvrir un ventricule.
Tout n’est plus qu’effusion de sang bouillonnant.
_Pincettes!
Je m’en saisis et la plonge tout aussi approximativement dans la plaie. Non, pas là. Plus à droite peut être. Non plus… Ah! Là, j’ai quelque chose! Je tire dessus et me rend compte qu’il s’agit encore de cette maudite aorte. Je la lâche et replonge mes pincette déjà bien maculées. Et cette fois, je ressors l’objet tant convoité par mon ami.
_Je l’ai la saleté!
J’arbore un grand sourire et me retourne vers Kyle. Celui-ci est dans un coin de cette cave, et au bruit qu’il fait, je devine qu’il se vide les tripes sur le sol.
_Petite nature va.
Bon, maintenant, on recoud.
_Excusez-moi.
Je lève un sourcil interrogateur et regarde le visage de mon patient qui lui aussi me regarde avec des yeux illuminés par la surprise et une panique contenue derrière une courtoisie exemplaire.
_Toi, ferme là.
Il semble vouloir contester le bougre, mais je suis prévoyant.
_Pistolet.
Et hop, il se retrouve avec une balle de neuf millimètres collé entre les deux yeux. Ça c’est du travail bien fait. Je m’applique ensuite à lui recoudre sa putain de plaie avec un gros fil noir destiné initialement pour les chiens castrés. Lorsque j’en ai fini, je retire mes gants en latex, les laisse tomber au sol et retourne auprès d’un Kyle maladif.
_Tiens, voilà ta capsule de je ne sais pas quoi.
Je lui colle l’objet plein de sang gluant dans les mains et il me remercie en envoyant un jet d’une couleur jaunâtre sur le sol.
_Si t’as besoin d’aide, hésite pas à me contacter.
Et je remonte les marches de la cave, sifflotant un air très connu.

_Tu as été fantastique.
Je me passe un coup de gant de toilettes sur le visage histoire de me débarrasser du liquide que la fameuse aorte m’a projeté.
_C’est mon métier.
Allais-je avoir une nomination aux oscars pour cela? J’en doute fort.
_Ouais, si tu le dis.
Je me contemple dans le miroir. C’est moche à voir tout ce fond de teint qui se met à couler… Kyle fait alors son irruption dans la pièce,
_On t’attends pour le final, grouille toi.
Ouais ouais ouais ouais. Je m’éponge le visage avec une serviette.
_Je passe chez la maquilleuse et je vous rejoins…
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Dana 21/01/2009 01:18

Excellent Corn-Flakes....on se croirait vraiment sur un plateau de tournage...J'ai répondu à ta question sur le forum. Il y a bien un blog...Bisous