Hunger

Publié le par Corn-Flakes



Moi, quand on me dit Steve McQueen, je pense immédiatement à une poursuite en moto, aussitôt des images de La Grande évasion me reviennent, etc. Mais non, là il s'agit d'un autre Steve McQueen, un homonyme réalisateur qui à part le nom n'a rien à voir avec le défunt acteur. Bon, déjà avec un nom pareil sur l'affiche, on se laisse piéger facilement, alors on regarde la bande-annonce. Et celle-ci promet. Ainsi, de fil en aiguille, nous nous retrouvons dans l'obscurité d'une salle de cinéma à contempler ce film.


Alors, on rentre dans l'univers carcéral de la prison de Maze, en Irlande du Nord. Sombre, d'un froid clinique et d'une violence rude, on exulte dès les premières scènes. McQueen nous attrape littéralement par les tripes et nous les presse tout doucement. Avec très peu de dialogues, le film ne semble faire que montrer. Montrer la nudité, montrer la violence, le tout sans censure et rajout provocateur, acte qui nous ancre davantage dans cette réalité plus dure que jamais. Car de réalité il s'agit, puisque ce film relate l'histoire vraie Bobby Sands, résistant de l'IRA qui se retrouve emprisonné. Et là où Ken Loach aurait transformé le film en vecteur politique, là où Greengrass aurait tenté de nous arracher des émotions, Steve McQueen quant à lui, aborde le tout avec une neutralité relative. Neutralité car rien n'est ajouté , pas de musique dramatique, pas de montage nous suggérant comment on doit réagir face à ce que l'on nous montre, et aucun engagement politique ne se reflète. Relatif, car évidemment, faire un film montrant de manière crue le traitement subit aux prisonniers est en soi un engagement bien que jamais il ne tombera dans une vision manichéenne. Les gardiens sont méchants, certes, mais ils ne sont pas non plus exempt de sentiments. On peut les voir craquer psychologiquement, n'endossant pas la responsabilité de leurs actes. On peut les voir en famille, ou bien au chevet d'une mère mourante éprouvant tristesse et nostalgie. Quant aux prisonniers, rien ne les cataloguera comme gentil. Tous les personnages sont des êtres humains, et cela implique donc un panel immense de caractères, de moralité, d'engagement, etc. Et on peut tout aussi bien éprouver de la pitié pour chacun des deux camps.


Et puis, le film est coupé, subitement par un long plan fixe (qui n'est pas un plan séquence par ailleurs) dans lequel on verra Bobby Sands et un prêtre discutant. Dans ce dialogue, on trouve toutes les clés pour enfin saisir le personnage. On comprend sa motivation, et l'inflexibilité de son moral. L'intensité y est forte, et au bout d'un quart d'heure, quand le plan se termine enfin on prend un grand souffle qui peut tout aussi bien être de soulagement (car quinze minutes, mine de rien, c'est long) ou qui va nous servir à mieux aborder la suite. Car cette grève de la faim annoncée, on ne peut que mal la pressentir à travers ce dialogue. On devine que l'issu pourrait bien se révéler tragique. C'est avec cette seconde partie que l'on découvre le magnifique jeu d'acteur de Michael Fassbender qui n'a pas hésité à perdre quatorze kilos pour rentrer dans son rôle. Son corps est meurtri, on s'attarde sur ses escarres, sur sa souffrance. Souffrance physique, puisque son moral contrairement à son corps ne semble pas s'être dégradé, toujours battant même s'il est incapable de rester debout, vaillant et endurant, comme le rappelle ce souvenir de jeunesse où on le voit courir. Et où il ne s'arrêtera pas.

Publié dans Cinéma

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