Chapitre 3 : Où comment j'en suis arrivé là.

Publié le par Corn-Flakes

Mon premier écrit fut le résultat de l'Amour. Avec un grand A, parce qu'il est si rare de le voir, que lorsqu'il est en face de nous, mieux vaut l'accentuer. Véritable Amour entre moi et l'inspiration. Véritable alchimie entre ma profonde passion d'écrire et des idées profondes ayant surgi du plus profond de mon inconscient. De là, j'avais atteint les sommets. Numéro un des ventes, raflage de prix divers et variés, adaptation cinématographique, etc. Le tout accompagné d'une pluie de billets digne des moussons asiatiques. Alors, évidemment, avec tout ça, on adopte un style de vie assez différent. On dépense dans une grande maison, dans de belles et phalliques voitures, dans de la drogue et de l'alcool. Votre vie devient une succession de fêtes, vous ne dormez pas plus de dix heures par semaine et vous êtes sobre encore moins longtemps. En parallèle, votre vie de couple devient un désastre. En parallèle, votre banquier vous harcèle de coup de fil pour vous dire qu'il ne vous reste presque pas de thunes. En parallèle, vous n'en avez pas l'impression, mais vous sombrez. Votre copine, vous l'abandonnez, ou plutôt c'est elle qui vous largue en vous insultant à tout va. Mais vous vous en foutez. Votre compte en banque, vous le renflouez en promettant à votre éditeur un nouveau bouquin en échange d'une petite avance. Pertinemment, vous savez que vous êtes atteint du symptôme de la ligne blanche. Mais vous en vous foutez. Quant à la profonde abysse dans laquelle vous vous enfoncez chaque jour un peu plus, vous l'ignorez éperdument, croyant que vous niquez pleinement la vie. A votre dépend. Mais cela, vous l'apprendrez plus tard. Vous apprendrez que votre copine était la seule femme à vous aimer pour ce que vous êtes et la seule à vous connaître parfaitement. Alors, vous faîtes des pieds et des mains pour la récupérer. Mais c'est déjà trop tard, l'irréparable est fait. Comme vous espérez malgré tout une happy end, vous allez en cure de désintoxication et faîtes la une des tabloïds. Et puis, vous vous remettez à écrire. Vous couchez sur papier toute la haine, toute la violence que vous avez contre vous-même. Ce deuxième écrit fut non pas une association, mais une confrontation. Une confrontation contre moi-même. De nouveau la critique vous applaudit, de nouveau l'argent remplit votre compte bancaire et vos chevilles enflent. Vous tentez de rester modeste et de vous foutre de tout ce qui vous entoure. Alors que vos amis enchaînent les soirées et les défonces, vous restez dans votre lit, à mater des vieux films. Votre barbe et vos cheveux poussent et vous vous sentez comme un ermite des temps modernes.

Puis vint le jour où vous vous sentez assez confiant pour affronter le monde extérieur. Alors vous vous rasez les cheveux et la barbe, vous vous lavez et enfilez votre plus beau costard. Puis, vous vous rendez au domicile de votre ex, le sourire aux lèvres, un bouquet de fleurs en main, prêt à la reconquérir. Et vous êtes désillusionné lorsque vous la voyez au bras d'un autre, d'un inconnu à la calvitie naissante qui n'a vraiment rien a envié sur vous. Alors vous faîtes demi-tour, morose, jetez votre bouquet et devenez alcoolique. Pour oublier. Oublier votre solitude, oublier qu'en fait, les happy end ce n'est que dans les films. Pendant cette période de ressaisissement, vous aviez commencé à écrire un roman, une romance. Vous hésitez à le brûler, mais en fin de compte, vous écrivez une fin tragique et vous le donnez à votre éditeur. Puis la critique vous lâche à son tour, insistant sur une fin bâclée, sans aucune inspiration, aussi plate et aussi intéressante qu'une planche à repasser. Les médias, le public, votre ex, votre agent... Vous n'êtes plus rien à leurs yeux, vous n'êtes plus productif, plus intéressant. Vous êtes vide, mais vous vous ne plaignez pas. Au moins, il vous reste les yeux pour pleurer...
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Eglantine 07/08/2009 07:33

Tu racontes très bien la déchéance que connaissent tant d'artistes, la rançon parfois du succès qui grise un temps et quand il disparait, l'alcool, la drogue et parfois même quand il est toujours là. Le talent naît de grandes blessures.

Sébastien Clivillé, Hagaär Dünor, Totoseb, the Toxic Avenger 03/02/2009 17:51

Quand le succès monte à la tête, ça rançonne : syndrome de la ligne blanche, qui monte au nez.