Chapitre 4 : On a beau rêver de boissons : Quand on a réellement soif, il faut se réveiller pour boire.

Publié le par Corn-Flakes

Et vous publiez votre dernier roman en date. Un pur succès, comme une renaissance. La critique dit qu'il s'agit d'un retour aux sources bienfaiteur, qu'il s'agit de mon meilleur bouquin, et qu'il s'agit d'ailleurs du meilleur bouquin de ce siècle. Que d'éloges... Que de beaux mots qui ne vous touchent même pas, ne vous flattent même pas. Car en fait, cet ouvrage, vous l'avez écrit il y a de ça des années et vous l'aviez trouvé trop mauvais pour être publié. Après une petite mise à jour pour cacher quelques petites imperfections, vous l'avez donné à votre éditeur qui a littéralement sauté de joie, vous croyant mort et enterré depuis longtemps. Ce bouquin, c'était une forme de prostitution. La seule chose que vous désiriez alors, c'est de l'argent. La drogue et l'alcool a son prix, et avec ce nouveau succès, votre vie de débauche va pouvoir continuer. Vous devez sortir, affronter des interviews, affronter des séances de dédicaces qui semblent interminables. On vous trimballe de librairie en librairie, de radio en radio... Le tout sans motivation. Vous répétez les mêmes mots, les mêmes blagues, de la manière la plus mécanique qui soit. Et le public vous plébiscite encore plus. Vous crachez sur les médias, sur vous-même, sur ces cons de lecteurs, et ils adorent. Vous êtes un pur produit de consommation, avec un accent assez provocateur pour toucher un large éventail de personnes. Vous êtes une marionnette que l'on trimballe de conférence en conférence, d'émission en émission, et vous jouez votre rôle machinalement. Et enfin, au bout d'une tournée de plusieurs mois, on ne vous demande plus rien, vous pouvez rester chez vous et profiter de cet argent chèrement acquis. On vous invite à des soirées huppées, mais vous les ignorez totalement. On vous invite à des soirées de pur défonce, mais vous les ignorez encore plus. Vous préférez la solitude, la défonce en solitaire, la masturbation, etc.


Jusqu'à cette période où vous vous sentez suffisamment en forme pour sortir, où vous vous sentez prêt à affronter le monde à deux mains. Vous avez envie de mordre la vie à pleines dents, vous avez envie que ça bouge, que tout le monde se déchire autour de vous. Marre des insomnies, marre de la page blanche, marre de votre appartement devenu un bordel innommable. Alors, vous sortez, vous rejoignez une soirée qui s'annonce grandiose. Sauf qu'en fait, vous n'êtes pas invité. Voilà pour la rétrospective, maintenant que vous saisissez le contexte, maintenant que vous saisissez le personnage et que vous vous êtes identifié à lui grâce à à l'utilisation de la seconde personne du pluriel, je peux commencer à vous raconter le reste de ma vie. Celle qui n'est pas écrite, celle que je ne peux pas prévoir et embellir. Car là, à deux heures du matin au bord d'une plage abandonnée, il peut se passer plein de chose. Je pourrais tout aussi bien rencontrer une communauté de hippies et danser et fumer avec eux au son des djembés autour d'un feu de bois. Je pourrais rencontrer une magnifique surfeuse nocturne et lui faire l'amour à même le sable. Je pourrais me faire agresser par une bande de clochards défroqués et puant la vinasse. Je pourrais même me faire kidnapper par des extraterrestres, ou bien devoir affronter une pieuvre géante sortant des flots sombres de l'océan atlantique. Que de scénarios possibles, plus ou moins palpitant. Marcher sur la grève, écouter le ressac lointain, c'est presque un tableau idyllique. C'était presque trop heureux pour moi, alors bien entendu, il fallait bien que quelque chose gâche ce merveilleux ensemble.

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Sylvain 10/02/2009 18:45

... c'est alors quun cirque ambulant m'engagea comme bête de foire !

JanSheng 09/02/2009 20:55

Bonsoir Corn-Flakes J'aime beaucoup cette "petite nouvelle"...Je repasserais te lire , cela change  du style habituel de mes lectures et c'est toujours intéressant de découvrir un nouveau genre...Bonne soirée