Chapitre 6 : Belles paroles

Publié le par Corn-Flakes

_ Vous n'allez pas non plus me couper les jambes !

C'est sur cette phrase que ma voix a miraculeusement réapparu. Et non, je n'étais pas dans un bloc opératoire, sur une table couverte de sang avec un chirurgien qui le sourire aux lèvres agite une scie devant mon nez. Non, j'étais sur la plage, exactement au même endroit où j'ai perdu connaissance. Ainsi, on peut être inconscient et rêver. Ou du moins cauchemarder. Ce n'est pas une hantise pour vous de perdre la parole, de ne plus pouvoir parler, ne plus pouvoir vous plaindre, gueuler sur des gens et toutes ces choses amusantes que la bouche permet ? Même si je suis écrivain, même si je peux gueuler à travers des écrits, même si je peux me plaindre avec des mots couchés sur le papier, c'est tout de même plus amusant de le faire réellement. Je veux dire, sentir les mots vibrer dans sa bouche et les jeter à la gueule de votre interlocuteur. Voir sa réaction en direct, et attendre sa réponse de pied ferme. Beaucoup plus jouissif, non ?


Le soleil commençait à se lever, jetant une faible lueur sur la plage. La ville commençait elle aussi à s'animer. Le léger bourdonnement des voitures, les volets grinçant que l'on ouvre, les premières paroles, les premières sonneries de portable, et tout ces sons qui nous caractérise. Tout ces sons qui deviennent omniprésent l'après-midi, auxquels on ne porte alors plus aucune attention. Personne ne semblait s'être soucié de moi. Ou alors ils m'ont évité pensant que j'étais un cadavre ou un clochard cuvant sa cuite. Les gens disent à tout va qu'ils sont heureux d'aider quelqu'un. Bien entendu, cela ne s'applique probablement pas à deux heures du matin quand un étranger est inconscient sur le sable. Cela ne s'applique pas non plus quand vous faîtes de l'auto stop pour éviter de marcher sur quinze kilomètres, ni même quand vous êtes en train de vous faire tabasser en plein milieu d'une rue fréquentée. Les gens auront beau dire, ce qu'ils souhaitent le plus, c'est éviter les problèmes. Et j'en étais un, j'étais quelque chose qui sortait de leur routine et donc qu'il fallait éviter le plus possible. Enfin, je ne vais pas non plus me plaindre, me répandre dans cette critique de l'humanité, j'aurais réagi de la même manière après tout. Et puis, je trouve que c'est préférable que je puisse rentrer tranquillement chez moi, aller me reposer et oublier ce petit malaise. Si on m'avait emmené à l'hôpital, on aurait contacté tous mes proches, on aurait probablement exagéré mon mal et pratiqué un grand nombre de tests. Inutile de provoquer tant d'inquiétudes pour un si petit évanouissement.


Je me suis relevé, j'ai épousseté mes vêtements et je suis rentré. Tout allait bien, je me sentais déjà d'attaque pour une soirée endiablée. Si l'on m'y invite, bien sur. Même si je comptais davantage me reposer un petit peu. Genre glander devant la télé, allongé en caleçon sur le canapé. Ou bien rester planté devant mon ordi, devant une page Word, et tenter vainement de la remplir de quelques mots. Je pouvais aussi avaler quelques somnifères et dormir paisiblement. Ce n'était pas les choix qui manquait, mais la finalité sera la même : dormir. Laisser mon corps se reposer un peu, le laisser se stabiliser histoire qu'il ne m'abandonne pas de nouveau.

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Sylvain 04/03/2009 17:07

Le passage précédent était bien amené (un peu de House après Californication ?), celui-là faite reposer la pâte. Enfin, c'est toujours bien et tant mieux.