Chapitre 8 : This is the end. My only friend, the end.

Publié le par Corn-Flakes

Régulièrement, on se pose cette question : Qu'est-ce que je pourrais bien faire s'il ne me restait que quelques heures à vivre ? Moi, j'avais répondu que je voulais en profiter. Profiter dans le sens où j'allais claquer tout mon pognon dans de la pure dope et que j'allais m'en prendre plein les narines. Profiter dans le sens où j'allais écumer les bars, à me saouler, à me défoncer, à baiser, et ce jusqu'à ce que mort s'ensuive. J'ai même eu l'intelligence de préciser que j'irais sucer un mec. Histoire de savoir ce que ça fait. Nous les hommes, on est tous des homosexuels refoulés, ne l'oublions pas. Bref, tout cela, ce n'était bien évidemment que des conneries. Pour se la péter, pour se dire qu'on s'en branle de la mort, que ce sera un moment cool, un pur moment de liberté. Mais lorsque l'on se retrouve dans cette situation. Lorsqu'il s'agit de la vie réelle et non plus d'une vulgaire discussion, et bien, on a l'air bien con. On est là, sur son lit d'hôpital avec ses forces qui s'amenuisent peu à peu. Vous allez mourir. Comme ça, d'un coup. Comme lorsque l'on souffle la flamme d'une bougie. Tous ces projets extravagants digne d'une rockstar en tournée vous paraissent tellement inutiles. Tellement stupides, puisqu'au fond, vous avez déjà vécu toute votre vie ainsi, dans la démesure. On pourrait certes dire que c'est une manière de boucler la boucle, de finir ce que l'on a commencé. Mais non, pour moi ça paraissait réellement débile de continuer ainsi. Car tout cela n'était qu'une carapace, un solide masque qui devenait plus important au fil des années. Un masque qui est finalement devenu d'acier, qui m'a emprisonné et m'a forcé à continuer dans cette veine. Mais lorsque l'on vous annonce que vous allez mourir dans quelques heures, la plus solide carapace vole en éclats. Et on pleure. On ne sait pas vraiment pourquoi, mais on pleure dans les bras embarrassés du docteur. Peut être qu'il s'agit de regret. Peut être que l'on regrette la manière dont on a vécu, peut être que l'on regrette de ne plus pouvoir continuer à vivre... Je me suis effondré, littéralement. C'est à dire que j'ai terminé à genoux au sol, dans une flaque de larmes. Et je n'avais pas honte. Au contraire, j'étais assez fier. Fier de me sentir humain. Au moins une fois dans ma vie. Fier d'avoir connu cette intense sensation.


J'ai écris. J'ai pensé à mes proches et j'ai écris. Tout d'abord des lettres, de longues pages recto verso envoyées à ma famille, à mon ex et à mes rares amis. En gros, j'ai dis que je l'ai aimé. Que je regrettais de les avoir traité comme de la sous-merde et que je les aimais. Même si je ne le montrais pas. Du moins, pas d'une manière conventionnelle. Bien entendu, j'aurais pu les convoquer, leur dire de venir me voir sur mon lit de mort. Mais dans ces circonstances, je n'aurais jamais pu être sérieux. Avec tant de monde autour de moi, je n'aurais fais que me pavaner une nouvelle et dernière fois. Mais quand on se retrouve seul, face à face avec soi-même et avec sa maladie, il est plus aisé de se libérer. Plus aisé de se confesser. Il y avait un peu de cela dans ces lettres. De la confession, du rachat, de la rédemption. Cela m'a pris en tout et pour tout deux heures. Et je me sentais de plus en plus mal. Plus j'écrivais, et plus je sentais mes forces se vider. Comme si mon énergie vitale me servait d'encre. Alors, j'ai pris tout ce qui restait, et j'ai commencé à écrire cette nouvelle. Une nouvelle intimiste dans laquelle on pourra me connaître davantage que dans mes romans les plus longs. Une nouvelle dans laquelle le héros meurt véritablement à la fin, dans laquelle aucun deus ex machina ne peut le sauver. Une nouvelle qui peut s'achever à tout moment. Tout comme ma vie.

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