Chapitre 4 : Les rats.

Publié le par Corn-Flakes

_ A quatorze heures, le mec avec le caddie.

C'est là que j'entre en jeu. Au mauvais endroit, au mauvais moment. L'adolescent avait le doigt sur la gâchette et s'était mis à transpirer abondamment. Il avait peur, cela n'était pas si facile de tuer un homme finalement. Ôter la vie d'une simple pression du doigt, ça demande beaucoup de courage. Il faut savoir assumer la responsabilité d'une vie perdue et des vies gâchées d'une éventuelle épouse et d'éventuelles femmes. Quand on a un homme dans sa lunette de visée et qu'on s'apprête à tirer, on devient très proche de lui. On s'identifie à lui même. Peut être qu'il était en train de m'imaginer menant une routine quotidienne. Peut être qu'il m'imaginait avec un métier tranquille, une magnifique femme que j'aime profondément et des enfants que je chéris tout autant. Ou peut être me voyait-il célibataire, me levant tôt pour un job minable, m'enfilant café et clopes tout le long de la journée puis rentrer chez moi et m'affaler sur mon fauteuil devant une émission débile.


_ Pense que la carabine est le prolongement de ton corps, tu ne dois faire qu'un avec.

L'autre adolescent semblait comprendre parfaitement les doutes de son ami. Alors il entreprit de le concentrer sur son objectif, sur sa mission divine.

_ Il ne faut pas que du doute de ton arme, elle fait partie de toi, elle est toi, si tu n'as pas confiance en elle, c'est foutu.

Il relâcha la pression sur la gâchette et tourna la tête vers son ami. Il était d'une pâleur funèbre et tenta de sourire. Ce qui donna une sorte de rictus maladroit.

_ Je n'ai jamais tué...

Même pas un animal, il n'avait même pas chassé une mouche pour lui arracher les ailes étant gamin, il n'avait jamais torturé de petits chiens ou des chats. Il ignorait ce que ça faisait d'avoir un contrôle sur la vie ou la mort de quelque chose.

_ Ce sera ton baptême. Remets toi en position et dis moi ce que tu vois.

A la place du mec en caddie, à ma place donc, se trouvait deux petites grands-mères traînant leurs cabas derrière elles.

_ Deux petites vieilles...

L'autre vérifia les dires de son ami avec ses jumelles et se mit à ricaner.

_ Alors tu peux t'en taper une si tu veux.


Il relâcha de nouveau son arme. Des petites vieilles, il n'avait pas envie de commencer avec des vieilles... Il partagea son sentiment avec son compagnon qui se leva aussitôt, pris une grande inspiration et se lança dans un grand discours d'orateur.

_ Ce qui est important pour nous, c'est d'obliger ces connards à se terrer chez eux le temps qu'on arrive pour les exterminer. Ils doivent se sentir traqués, ils doivent se sentir piégés. Ils doivent savoir qu'il n'y a aucune autre alternative que la mort. Quant tu tires, tu dois pas penser que se sont des humains, mais des rats. De sales petites vermines égoïstes qui rongent notre monde petit à petit. Tu dois penser à ça, aux rats. Et les rats, ça a beau être jeunes ou vieux, d'être des mâles ou des femelles, ça restent de sales bestioles à éliminer. Tu dois les effrayer, tu dois les tuer. Maintenant.

Il reprit sa carabine entre les mains et regarda de nouveau dans la lunette de visée. Une gamine avait remplacé les deux petites vieilles. Elle semblait si innocente avec ses deux petites nattes et sa sucette en bouche. Et pourtant, il devait presser la gâchette, il devait la tuer.

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Cath 05/05/2009 16:54

Je viens de découvrir ton blog et j'ai pris beaucoup de plaisir à lire cette nouvelle. J'attends la suite avec impatience. A bientôt.

mezzaLunaSainte-Simone 02/05/2009 00:49

Les rats...sont dans les murs.

Bruno 01/05/2009 19:17

Un petit passage pour te souhaiter un bon 1er Mai et te remercier de tes visites.AmitiésBrunô