Black Holes & Revelations

Publié le par Corn-Flakes

Putain. Dans le sens péjoratif, évidemment. Pas comme dans « Putain, je m'éclate trop ». Plutôt comme dans « Putain de merde ». Putain, c'est presque tout ce que j'ai à dire. Mais au fond, ça doit être le cas de tout le monde. Tout le monde se le dit ce mot. Tout le monde se dit « Putain ». Généralement intérieurement pour garder son apparente sociabilité. Parfois on ne se rend plus compte, on oublie notre « Putain » péjoratif et on se dit qu'en fait, la vie elle mérite d'être. Peut être pas d'être vécu, mais d'être, d'exister, de continuer son train-train quotidien sans trop nous faire chier. Globalement, c'est l'inverse qui nous vient à l'esprit. On fustige la vie, on se dit que ce n'est qu'une grosse pute, que plus on la baise, plus cette salope s'enrichit. Et on ne peut pas ne pas la baiser. Non, ce serait bien trop simple. C'est tellement bon que ça en devient addictif. Et plus ça va, moins ça va. C'est comme une petite mort, sauf qu'en lieu et place de l'orgasme, il y a. Il y a rien en fait. Le vide. La solitude. Le néant. Il y a juste nous se prenant la tête entre nos deux mains et se disant « Putain, putain, c'est vraiment de la merde tout ça ». Et tout ça, finalement, ce n'est que nous. C'est suite à cette pensée que l'on se redit « Putain » et qu'on fait glisser davantage notre tête entre nos mains. On aimerait bien la briser contre la table. D'un coup sec et fort. Que tout se termine dans un craquement sonore et une étendue de bouillie intellectuelle.


Mais non, on sait que ça n'a jamais été la solution. Même si on ne sait rien, on sait tout de même que ce n'est pas comme ça que c'est censé se passer. On doit continuer ce que l'on croit juste et approprié. On continue de bonder la vie, sans savoir qu'elle est insatiable. Qu'elle n'est qu'un énorme trou béant, probablement moite et visqueux. Trou noir qui vous aspire lentement, très lentement, trop lentement pour être perceptible. De surcroît, il n'y a aucune échappatoire, ne l'oubliez pas. Et donc, imperceptiblement vous vous rapprochez du centre, et imperceptiblement les ténèbres vous engloutissent. Vous vous dîtes « Putain, c'était pas une étoile ce truc avant ? ». Si brillante, si lumineuse. Et maintenant, trou noir, incarnation absolue du néant. Au fond, en y réfléchissant, ça résume bien votre vie. Tout ce qui a brillé à vos yeux, tout ce qui vous a attiré, tout ça a bien disparu un jour ou l'autre. Une fois en possession de l'objet du désir, toute sa valeur disparaissait. Révélation. C'est de la merde. Putain, tout ce qui brille est de la merde. Et tout n'est plus que répulsion car vous savez ce qui se cache derrière les apparences. Vous savez que derrière chaque être humain se cache une charogne aux orbites bouffées par les vers. Idem pour vous. Vous savez que votre coeur ne bat n'est qu'un instrument pour injecter du sang vicié au reste de votre corps. Vous ne croyez pas en l'amour, vous ne croyez plus en la vie, vous ne croyez plus en là si illusoire richesse, en la réussite... Vous ne croyez plus en vous.


Vous êtes de plus en plus proche du centre et vous vous rendez compte que vous êtes néant. Vide. Solitude. Ténèbres. Peut-être vous reste-t-il des rêves. Des envies d'être ailleurs, des envies d'être quelqu'un d'autre. Mais là aussi l'illusion ne prend pas. Là aussi vous vous dîtes « Putain, les rêves ça n'existent pas ». D'où le nom. Vous n'êtes qu'une carcasse humaine, vide de sens, vide d'émotions, vide de tout. Et la seule à laquelle vous aspirez n'est que le fruit d'un mécanisme inébranlable logique à tout être vivant. Vous pensiez baiser la vie, la dominer totalement jusqu'à en crever, mais tout ça est aussi vide de sens que vous ne l'êtes. Vous n'avez jamais tenu les rênes, vous n'avez jamais dominé. Ce n'était qu'illusion de rênes, illusion de domination, ce n'était que de la merde. Et putain...

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krismalo 20/06/2009 11:02

Eh bé diantre diantre quel putain de texte !!krismalo

Orson putain de Welles 18/06/2009 20:01

Putain, c'est que tu nous aurais presque pondu un bon texte pour une fois ! C'est ce groupe de merde qui t'a inspiré ? Des étoiles j'en croise tous les jours, mais celles que je désire le plus me brûlent les mains. Trop grosses pour moi sans doute. J'espère un jour pouvoir être en mesure de les tripoter, en attendant je reste blotti dans mon trou noir, là où y'a rien que du néant, du vide... C'est un coin où il fait bon se reposer, où l'on peut prendre le temps de s'imaginer tout un tas de rêveries intergalactiques... J'espère juste que tous ces rêves que je fais, ne sont pas que des illusions. J'avoue que tu me fais un peu peur là...

Corn-Flakes 19/06/2009 16:42


Ne t'inquiète pas, tu verras bel et bien My Bloody Valentine en ma compagnie cet été.


sarah frane 17/06/2009 22:35

cela me plait beaucoupplus je vieillis, plus j'emploie le mot putain !et putain, que ça fait du bien !