Bijou II (contient des grillades)

Publié le par Corn-Flakes

Il y a peu, j'ai mené une enquête sur une prostituée prénommée Bijou et se retrouvant au centre d'une affaire impliquant une vingtaine de disparus. Un de mes articles a été publié, reprenant le témoignage de ce que je croyais être à l'époque l'unique survivant de cette tueuse en série. Mes recherches m'ont orientées vers une nouvelle voie qui encore aujourd'hui me fait froid dans le dos. Les policiers au bout de plusieurs semaines n'arrivaient plus à avancer sur l'enquête liée aux disparitions et le public, faute de nouvelles victimes ou révélations, s'était également lassé. La rédaction m'a donc envoyé couvrir un nouvel événement ; la vie quotidienne d'une clinique psychiatrique. Ça devait faire deux jours que j'y étais, et je ne trouvais aucune approche un tant soit peu originale. J'allais donc me contenter de décrire banalement les actes des infirmiers et des patients, lorsqu'un d'entre eux m'interpella. Et contrairement aux autres qui déambulaient sans but ou prononçaient des choses incompréhensibles, lui, il n'avait pas l'air fou. Il était tranquillement assis à une table et attendait en affichant un ennui profond. En me voyant, ses yeux se mirent à pétiller, mais il ne fit toutefois aucun geste. J'avais une certaine appréhension. On m'a régulièrement dit que les plus calmes en apparence peuvent vite devenir les plus dangereux. Mais il m'intriguait, je me demandais ce qu'il pouvait bien voir en moi. Alors, je me suis approché et je me suis assis en face de lui. « Vous êtes bien ce journaliste qui a fait l'article sur la prostituée émasculant ses clients. » Et c'était une affirmation. Pas une question. Je lui ai tout de même répondu que oui, c'était bien moi, et il m'a de nouveau affirmé qu'il avait quelque chose qui pourrait m'intéresser. Une histoire qu'il a vécu et qui le hante depuis. Et il me prévient qu'elle me hantera également si jamais je l'écoute et que je la crois. Qu'il faut faire attention, que toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre. Et cette fois, ce sont mes yeux qui pétillent d'intérêt. Cette histoire, je l'ai entendue. Je l'ai cru également. Et il avait raison. Elle me hante. Pour tenter d'exorciser cette histoire, mais également en ayant toujours le souci de faire éclater la vérité, j'ai décidé de restituer ce témoignage :

 

« Vous avez cru que ce mec qui s'est fait avaler une couille était le seul rescapé de cette femme hein. Bijou qu'elle se fait surnommer désormais. A mon époque, c'était Laura, tout simplement. Bien que je doute que ce soit là aussi son véritable prénom. Dans mes souvenirs, elle était blonde aussi. Mais il ne fait aucun doute qu'il s'agisse de la même personne. J'en mets ma main à couper. […] J'ai été aussi son client, elle m'avait emmené dans sa cave, exactement comme pour l'autre type. Sauf que c'était pas du tout au même endroit. Elle a commencé à me caresser, mais je sentais que quelque chose clochait chez elle. La pulsion sexuelle ne m'aveuglait pas totalement. Pas comme les autres. Et en la revoyant en train de me sucer, je me suis rendis compte qu'elle ne m'attirait plus du tout. Qu'au contraire, je sentais comme une répulsion à son égard. […] Toutefois, je lui ai laissé faire son numéro. Après tout, j'avais payé une petite fortune pour l'avoir et ça me semblait logique qu'elle aille jusqu'au bout quoi. […] Sauf que je l'ai arrêté avant. Exactement au moment où elle s'est mise à me gober une testicule, je l'ai repoussé aussitôt. Avant qu'elle n'ait eu le temps de me mordre, heureusement. J'ai été un peu violent sur le coup et elle s'est retrouvé éjectée sur le sol. […] Elle a relevé son visage vers moi, et il avait changé radicalement. Au début, j'ai cru que c'était l'effet d'un jeu de lumière ou de mon imagination à cause de l'obscurité régnant dans cette cave, mais aujourd'hui, je suis persuadé que sa bouche n'en était plus une, que ce n'était qu'une sorte d'amas de crocs tordus s'ouvrant et se refermant telle une masse informe dépourvue de lèvres. […] J'en ai profité pour prendre la fuite, tout en réussissant par je ne sais quel miracle à garder ma lucidité. Ainsi, je n'ai pas déboulé totalement nu dans la rue en criant au monstre. J'ai juste pris soin d'éviter tout le monde et de rentrer chez moi en planquant le plus possible mes attributs masculins. Ce fut une situation assez éprouvante, mais également une réussite, personne n'a alerté la police et j'ai pu rentrer calmement et discrètement dans mon appartement. […] Une fois rhabillé, au lieu d'alerter directement la police ou la presse, j'ai décidé de mener mon enquête tout seul. Maintenant, avec du recul, je trouve cela idiot, bien sur, mais à l'époque, cela me semblait la meilleure solution. Je voulais en savoir plus, être sur de ce que j'avais vu. Alors, je l'ai traqué. Cette Laura. Je me suis très vite rendu compte qu'elle avait quitté la ville sans laisser aucune trace derrière elle. Mais j'avais l'impression qu'elle allait également très vite remontrer le bout de son nez quelque part. Je savais qu'elle avait faim, que la bête en elle n'était pas du tout rassasiée. […] Et j'ai eu raison. Il m'a fallu attendre que deux semaines avant que la nouvelle d'une prostituée que tout le monde s'arrache me remonte jusqu'aux oreilles. Elle était loin désormais, à l'autre bout du pays, mais qu'importe, la curiosité prenait le dessus sur toute logique. Il me fallait percer son mystère. Aussi terrible soit-il. […] Donc, je me tenais dans l'ombre. Face à elle. Je la suivais discrètement, muni d'une caméra vidéo pour filmer sa véritable face et prouver au monde entier ce qu'elle était véritablement. […] Un client lui sortait le grand jeu, lui emmenait faire le tour des bars et des boîtes de luxe, et en les suivant, je jubilais intérieurement. Je savais que l'heure de la vérité était proche. […] Suivant le même rituel qu'avec moi, elle le conduisit également dans une cave. J'ai attendu un bon quart d'heure avant d'y pénétrer à mon tour, avec toute la discrétion dont j'étais capable. Marche par marche, je descendais en tremblotant, la caméra à la main, prêt à saisir la moindre action. […] Quel fut ma surprise lorsqu'en déboulant dans la cave, l'air triomphant, je me suis retrouvé face à rien. Le néant total. Juste un mur gris dépourvu de toutes traces. Et alors que je me remettais tout juste de mon étonnement, j'entendis une voix me murmurer à l'oreille : « Tu veux savoir qui je suis vraiment, n'est-ce pas ? ». Je me suis retourné rapidement, brandissant la caméra devant moi. Mais là encore, il n'y avait rien. Juste les marches que je venais de descendre. Un ricanement obscène retentit, et l'obscurité se fit plus dense. Jusqu'à m'envelopper totalement. Jusqu'à me faire disparaître pour être exact. J'avais l'impression d'être recouvert d'une matière nuageuse intangible. Et j'étais également incapable de bouger le moindre de mes muscles, paralysé par l'effroi. Et c'est bien dommage, car si j'avais pu, j'aurais pris la fuite, le plus loin possible, et plus jamais je n'aurais cherché une quelconque vérité, plus jamais je n'aurais mis le nez dans des affaires qui ne sont pas les miennes. Mais je ne pouvais plus rien faire désormais, juste faire face à ce qu'elle me réservait. Et c'était là le pire. Car une fois l'étrange matière noire dissipée, je n'étais plus dans la cave. J'étais dans un lieu qui si j'étais croyant, serait probablement l'enfer. Il s'agissait d'un long couloir pourvu de mur semblant ruisseler d'une matière huileuse couleur rouille, le sol quant à lui était fait en carrelage blanc étrangement et totalement immaculé. Et face à moi, se tenait Laura. Totalement nue, elle me prit par la main en me murmurant que désormais elle n'avait plus aucun secret pour moi. Dépourvu de toute résistance, je l'ai suivi le long du couloir. Jusqu'à déboucher dans une vaste pièce. Cette fois plus de carrelage blanc, la couleur rouille était omniprésente, semblant ronger tout ce qui était présent dans ce lieu. Il s'agissait surtout d'une longue table et d'un peu plus loin d'une sorte de grand engin métallique que je ne pouvais identifier. Il en émanait une fumée blanchâtre et je me doutais bien que la chaleur infernale provenait de cet engin. Elle me lâcha la main, et instinctivement, je me suis dirigé vers l'assemblage en métal. Comme attiré par quelque chose qui me dépassait totalement. La fumée en émanant parvient jusqu'à moi, apportant avec elle une odeur assez douce mais vaguement écœurante. Elle semblait m'entourer en cercle fin que je devais briser pour avancer. Ce que je fis jusqu'à arriver devant la structure. Il s'agissait en fait d'un grand cylindre pouvant s'ouvrir en coulissant. Quelque chose s’agitait faiblement à l'intérieur, cognant contre la paroi. Je redoutais ce que ça pouvait être, mais il me fallait l'ouvrir. C'était ainsi, et je ne pouvais pas lutter. Alors, d'un coup sec, je fis coulisser le cylindre. […] Et le pire dans tout cela, c'est qu'il était encore vivant. Là, posé sur les braises brûlantes, la chair totalement craquelée par les brûlures, il agitait fébrilement sa main dans ma direction. Mais je ne pouvais rien y faire, juste regarder ses yeux emplis d'une douleur profonde et innommable. Juste regarder ce qui avait été autrefois un homme et qui n'est plus désormais qu'un tas de chair mis à vif par le feu dont les flammes lui léchaient entièrement le corps. Un homme qui ne pouvait rien faire d'autre que de supplier que l'on mettre fin à ses jours. Que l'on mette fin à sa souffrance. […] Elle s'était approché de moi, me fixant avec un grand sourire. Et soudainement, elle me révéla son véritable visage. Pas seulement sa bouche monstrueuse, mais la totalité. Ses traits se sont affaissés brutalement, créant de grosses crevasses sur sa figure, desquelles suintaient le même liquide couleur rouillé qui envahissait la pièce. Son nez n'était plus qu'un renfoncement perdu au milieu de toute la chair qui l'entourait. Et ses yeux étaient d'un rouge éclatant semblant aspirer tout ce qui avait aux alentours. On ne pouvait s'empêcher de plonger dans ce regard. Et ce que je voyais dans ces yeux là, c'était le mal à l'état pur. L'horreur absolue. Et c'était trop pour n'importe quel homme, alors évidemment, j'ai craqué. Mon corps a reprit le contrôle et instinctivement a pris la fuite. Mais mon esprit est resté là-bas, coincé à jamais dans ce regard vermeil, en prise pour l'éternité face à d’indicibles et démoniaques créatures, subissant leurs sévices et leurs tortures. […] Et c'est ainsi que je me suis retrouvé au bout milieu de la rue, en train d'hurler comme un fou, et personne ne parvenait à me maîtriser. Selon les dires des policiers, il aurait fallu trois coups de tazer pour que je tombe enfin au sol, immobilisé par les décharges électriques. On m'expliqua également que j'aurais du mourir, que personne ne pouvait résister à une décharge aussi violente sans que le cœur ne lâche. On crut que c'était un miracle, mais je ne savais que ça n'avait rien à voir. Je savais que c'était elle qui se cachait derrière cela, qu'elle me voulait en vie le plus longtemps possible pour me tourmenter davantage. Que la mort serait une solution trop clémente pour moi. Que la folie était tout ce que je méritais. »

 

Et c'est ainsi qu'il s'est retrouvé interné dans cet asile. Troublé, je l'ai remercié et j'ai pris congé. Il me fallait plus de renseignement sur le passé de cet homme, pour vérifier ses dires, en connaître davantage. Tout d'abord, les infirmiers m'ont confirmé qu'on l'avait effectivement trouvé en train de hurler dans la rue, mais que les coups de tazer n'avaient pas suffit à l'immobiliser, qu'il avait fallu également lui injecter une puissante dose de morphine. Ils m'informèrent également que la nuit venue il était en proie à des crises violentes d'hystérie et qu'il disait qu'il avait l'impression que son crâne allait exploser, voir parfois qu'il sentait sa chair s'enflammer et fondre, comme s'il s'était transformé en grillade, précisa l'infirmier en plaisantant. Je crus un instant pouvoir faire comme cet infirmier, me dissimuler derrière la moquerie et l'incompréhension, mais j'avais vraiment le pressentiment que toute cette histoire était véridique. Alors j'ai continué à approfondir, à chercher la vérité. Et c'était au commissariat que j'allais trouver la preuve qu'il me manquait. Là aussi, ils confirmèrent la version de l'arrestation, mais ce n'était pas ce qui m'intéressait. Ce que je voulais, c'était la caméra vidéo qu'il avait emmené avec lui dans la cave. On accepta que j'y accède et après une bonne demi-heure à fouiller dans les archives, on m'apporta l'appareil en question en me prévenant que toutefois la batterie était naze depuis longtemps et que de toute manière, il n'y avait rien dessus. Pourtant, quelque chose me poussait à en savoir davantage, alors, j'ouvris l'écran du petit caméscope numérique et tenta de l'allumer. Rien ne se produisit, il n'y avait effectivement plus aucune batterie. J'allais abandonner lorsqu'un éclair rouge parut traverser l'écran. Mon regard se porta dessus, et sans aucune manipulation de ma part, un film apparut. Ce que je vis, je ne peux le décrire précisément tellement je me trouvais dans un état de transe et d'effroi. Mon échine se hérissa, je me sentis vieillir d'un coup d'une dizaine d'années en plus, et le pire, c'est que désormais je savais. Je savais qu'il y avait un autre monde que le nôtre, que j'en avais entraperçu une bribe, et que cette bribe était suffisante pour me faire perdre toute raison, tout sens logique. Tournant en boucle dans ma tête, il ne restait que cette phrase, cet avertissement : « Toutes les vérités ne sont pas bonnes à entendre. ».

 

 

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Orson Welles 05/07/2011 01:12


Ah merde, trompé d'article. Pour celui-ci je dirai simplement : elle en a fait du chemin depuis Silent Hill 2, la petite Laura ! J'ai toujours su que c'était une succube déguisée en gamine, de
toute façon...


Orson Welles 05/07/2011 01:11



Mais t'as réussi à emballer après le concert ou pas ?



Céline 04/07/2011 09:28



Ca fait assez réaliste, je pensais au début que tu étais vraiment journaliste, quand l'épais brouillard s'installe, le masque tombe...



JIPEHEM 04/07/2011 06:52



C'est pas humain de faire des textes aussi longs, ça fatigue mes yeux!


Bonne journée.



Corn-Flakes 08/07/2011 19:24



Mais c'est le but, voyons !