Savoir faire.
Savoir faire. On peut dire que j'en avais du savoir faire. Mais en quoi ? Est-ce que je savais pétrir le pain, couper des étendus de blé avec une faux ou bien encore labourer un champ à l'ancienne ? Non, mon savoir faire était loin des tâches paysannes. Mais cela restait manuel, évidemment. Car mon savoir faire résidait dans l'expérience exceptionnelle que j'avais dans le meurtre. Le meurtre de sang froid d'un être humain. Vous savez, ces créatures insupportables qui envahissent votre espace à la moindre occasion pour vous déblatérer tout un tas d'ânerie. Vous voyez ce que je veux dire ? Vous rêvez de solitude, et hop, il faut qu'un mec arrive et vous raconte immédiatement des futilités. Rien ne m'est plus insupportable que cela. Et c'est donc pour ça que j'ai choisi de les tuer. Pour débarrasser le monde de ces saletés, pour être tranquille une bonne fois pour toute. Voilà, c'est ça mon savoir faire. Avouez que c'est utile, n'est-ce pas ?
A long terme, j'aimerais évidemment décimer toute la population. Mais c'est une utopie, car ces humains se reproduisent vite. Plus vous en tuez, plus vous avez l'impression qu'ils sont nombreux. C'est un cercle vicieux dans lequel je me complais plus ou moins. Voyez-vous, quand je tue quelqu'un, je suis en pleine jouissance, j'exulte de voir cette pourriture crever. C'est un peu comme si on me débarrassait d'un hémorroïde qui me faisait souffrir depuis pas mal de temps. Un soulagement incommensurable, une impression de bien être inégalable. Et puis, vous vous rendez compte qu'ils sont encore là, que les humains existent toujours et saccagent aussi bien votre espace vital que votre bonheur. Un peu comme si cet hémorroïde revenait subitement. Vous perdez l'appétit, vous n'avez plus envie de rien faire et pendant quelques jours, vous subissez seulement. Vous subissez votre vie au lieu de la vivre pleinement. Vous subissez les assauts réguliers d'humains venant vous demander si vous allez bien car vous avez une mine pâle ce matin. Vous subissez tout, fatalement. Puis, vint ce jour où vous savez que vous allez tuer quelqu'un. Vous le savez, c'est tout. Et cela embellit votre journée. Vous cessez de tirer une gueule morose et affichez un large sourire, vous vous sentez puissant, et vous allez même à la rencontre de ces humains. Vous leur parlez de tout et de rien, et mentalement, vous vous délectez en les imaginant morts. Ce qui ne saurait tarder, puisque c'est aujourd'hui que vous allez commettre un meurtre. Vous le savez, c'est tout. Et vous prenez bien soin de choisir une victime, généralement une femme. Une femme, car ce sont ces dernières qui mettent bas de nouveaux humains pleurnichards. Bien entendu, si cette femelle est engrossée, vous faîtes d'une pierre deux coups.
Laissez moi donc vous raconter comment je mets fin à ses jours dans la souffrance la plus totale. Car l'homme mérite de souffrir, infiniment. La femme enceinte pleurniche plus qu'une femme normale, elle vous suppliera davantage de l'épargner. De l'épargner elle, et surtout son bébé. Alors vous devez lui montrer à quel point ce qu'elle a dans le ventre est dégueulasse. A quel point sa progéniture la ferait gerber si elle la voyait maintenant. Vous sortez donc votre lame, aiguisée comme celle d'un rasoir. Les cris de la femme sont plus perçants que ceux des mâles, et ont tendance à attirer plus de gens. Alors, à moins que vous tuez dans une pièce totalement coupé du monde extérieur, la première chose à faire est de faire taire la victime. Bien entendu, je pourrais couper les cordes vocales de cette créature, mais l'être humain n'étant pas fait pour souffrir, il risque de mourir en s'étouffant dans son propre sang. Avouez que ce serait dommage. Il vous reste donc deux solutions : la langue et la mâchoire. Couper une langue prend du temps, il faut d'abord l'attraper, ce qui n'est pas évident à cause de la salive, et ensuite la couper, ce qui est délicat à cause des nerfs qui résistent un peu. Mais bon, rien ne peut venir à bout d'une lame bien aiguisée. Une fois, j'ai réussi à couper l'os du coccyx. Et je vous parle pas d'une petite fêlure, non, j'ai tranché ou plutôt scié cet os sur une longueur de quelques centimètres. Pas mal, non ? Bref, quoiqu'il en soit, même si couper une langue c'est plutôt jouissif, je vante davantage le défonçage de mâchoire. Si vous êtes costaud, vous pouvez y aller à la main, vous vous accrochez fortement au maxillaire inférieur, et vous tirez jusqu'à ce que ça se déboîte. Moi, je suis plutôt chirurgical. J'entaille la peau, m'enfonce dans ce muscle nommé masséter, jusqu'à atteindre l'articulation entre les deux mâchoires. Je fais levier avec mon couteau pour la déboîter, et hop, je recommence de l'autre côté.
Si la femelle s'évanouit au cours de l'opération, ne lui donnez surtout pas de grosses claques dans la gueule pour la réveiller. C'est violent, et inutile. Le mieux est de lui tapoter gentiment la joue, de lui parler doucement, lui faire croire qu'elle est en sécurité, voir même en présence de son mâle dominant. Là, elle se réveille, nonchalante. Et quelle joie de voir son visage se décomposer quand elle se rend compte qu'elle est loin d'être en sécurité. Elle tente de hurler, mais sans mâchoire inférieure, ça ne donne qu'un son guttural. Pauvre petite chose. On a toujours un peu pitié des animaux que l'on abat, mais bon, vous vous ressaisissez vite lorsque vous comprenez que c'est avant tout un humain. Et que les humains ne méritent pas de vivre. Alors, vous décidez de l'achever. Vous tranchez son ventre, du haut du vagin jusqu'à la cage thoracique. Faîtes attention à ne pas percer le rectum, sous peine d'atroces odeurs. Et évitez de trouer l'artère iliaque, ce serait triste que la femelle meurt si près du but. Car le but est de lui montrer à quel point son bébé est abominable, aussi abominable que ma vision de l'humanité. Alors vous fouillez un peu parmi les intestins étalés au grand jour, et finalement, juste à côté du rectum, vous trouvez l'utérus. La matrice contenant le futur humain. Arrachez le, car on travaille toujours mieux au sol qu'à l'intérieur de sa victime, et ouvrez le pour découvrir le placenta. Tranchez le délicatement, jusqu'à ce que l'embryon apparaisse avec son cordon ombilical. Monstrueux embryon. Il ne vous reste plus qu'à le brandir devant les yeux de sa mère. Mère qui sera peut être déjà morte ou bien une nouvelle fois évanouie. Dans ce cas, réveillez la une nouvelle fois avant de la tuer en coupant une quelconque artère. J'espère que mon savoir faire vous a donné envie de me rejoindre. Car après tout, à plusieurs, on a plus de chance de se débarrasser une bonne fois pour toute de ces répugnantes créatures humanoïdes.