Autophobie
Les gens sont cons, tellement bêtes qu'ils me disent tout le temps que conduire une voiture n'est pas si dangereux. Ce qu'ils ne comprennent pas, c'est que l'autophobie n'a strictement rien à voir. L'autophobie, c'est la peur de soi, la nausée qui vous gagne chaque matin quand vous vous lavez les dents devant le miroir, le dégoût que vous inspire votre image voir même le simple fait que vous soyez. Et vous tentez de fuir. Encore et toujours. Vous tentez de vous fuir. On pourrait trouver cela stupide, n'est-ce pas ? Comme si on pouvait réellement fuir à soi-même, c'est la même chose que vouloir se débarrasser de son ombre... La fuite. Ce mot serait un excellent résumé de mon existence. J'ai d'abord brisé mes miroirs en morceaux, sept ans de malheur pour rien puisque les surfaces réfléchissantes sont finalement partout. Et que surtout, chaque matin en me levant et en me rendant dans la salle de bains, je me souvenais de cet image, de mon image recopiant bêtement les mêmes gestes que moi. Alors je vomissais de dégoût, je vidais mes tripes dans le lavabo jusqu'à cracher de la bile et avoir les larmes aux yeux.
Ma prochaine avait été la douleur. Cette scarification très prisée par les ados. A la lame de rasoir, je m'entaillais les bras à tel point qu'ils étaient devenus un enchevêtrement de cicatrices. Et lorsque le sang coulait, c'est bête, mais je me sentais bien. Comme si le fait de savoir que je peux me blesser volontairement permet d'avoir un contrôle sur moi. Plus je perdais de sang, plus je me sentais mieux, presque en phase avec moi-même, comme si j'avais trouvé le remède miracle. Et puis, cette légère caresse de la lame était agréable après tout. Du moins, pendant un certain temps... En effet, j'ai réussi à vivre quelques mois de plénitude grâce à la scarification, mais il est arrivé un moment où ça ne me faisait plus rien. Alors je m'entaillais de plus en plus profondément, et inconsciemment je me rapprochais des veines de mon poignet. Car elle était là, la solution finalement, dans le suicide. C'était l'ultime solution après tout, dans la mort, je serais débarrassé de moi, de mon corps et de mon âme.
J'ai enchaîné les minables tentatives de suicide, d'abord j'ai testé l'overdose de barbituriques et après une bonne nuit à rester la tête dans la cuvette des chiottes à vider mon estomac et quelques heures de sommeil à même le carrelage froid de mes toilettes, je me suis rendu compte que ce n'était probablement pas la bonne manière. Il en restait plein, heureusement, mais c'est très dur de se pendre quand on vit dans un appartement datant du siècle dernier où le plafond s'écroule quand on essaye d'y accrocher une soixantaine de kilos. Et comment fait-on pour se dé fenestrer du rez-de-chaussée ? C'en était presque comique.
Alors je me suis tranché les veines comme initialement prévu, allongé dans mon sofa, en espérant inconsciemment ne pas trop le tâcher. Mais ce fut un échec, car allez savoir pourquoi, au moment où mes veines étaient ouvertes et où le sang coulait à flot, j'ai paniqué. Je me suis levé, j'ai hurlé, et je suis sorti dehors avant de m'effondrer dans la rue sous le regard d'une bonne dizaine de passants. On m'a transporté aux urgences, on m'a fait une transfusion sanguine, puis quelques jours plus tard j'avais rendez avec un psy auquel j'ai raconté ma vie. Il m'a expliqué que j'étais atteint d'autophobie, m'a conseillé des antidépresseurs, et maintenant je dois me traine rde repas en repas puisque établir des relations me feraient du bien, et j'explique que je suis autophobe. Et tout le monde rigole et me dit de ne pas m'en faire, qu'ils appelleront un taxi pour que je rentre chez moi...