Chapitre 3 : Todesengel

Publié le par Corn-Flakes

_ On va tous les crever ces salauds, un par un !

L'adolescent, celui qui quelques minutes plus tôt tirait nerveusement sur sa clope, et bien, c'est lui qui avait pris la parole. C'est lui qui avait lancé ces mots rageurs, qui avait fait ressortir sa haine. Au delà de l'angoisse et de la nervosité qui l'habitait précédemment, il semblait désormais motivé, déterminé à aller jusqu'au bout, quoiqu'il arrive. Son ami devait le calmer, et ce même si il partageait cette haine. Leur mission devait être pris au sérieux, il ne devait pas tout faire échouer maintenant en se la jouant à la Rambo. Non, ils se devaient d'être calme et concentré, c'était nécessaire pour bien réussir. Ils n'allaient certainement pas laisser la rage les envahir et se mettre à tirer partout pour faire le plus de dégâts possible. Non, ils allaient être calme, viser tranquillement et tirer uniquement pour tuer à coup sur. Et ce, sans aucune pitié.


Car l'homme mérite t-il de la pitié ? Celui-là même qui ne pense qu'à sa propre vie insignifiante, à sa petite sphère privée. Celui-là même qui se comporte comme un vulgaire parasite, qui consomme à tout va sans se soucier des conséquences. Ils ingurgitent des messages publicitaires et les recrachent dans leurs maisons qui deviennent un véritable catalogue IKEA, ils bossent la majorité du temps et l'argent qu'ils gagnent, ils le perdent aussitôt pour rembourser le prêt de 40 ans nécessaire à l'achat de leurs petites maisons en banlieue. Et il y a également cet espèce d'homme qui vit avec un téléphone portable greffé à l'oreille, un tube cathodique à la place des yeux, et qui se plaint tout le temps. Il se plaint principalement de ne pas avoir assez de temps. Parfois même, il se plaint de toute cette société de consommation qui l'entoure. Alors, il râle un peu, et puis c'est bon, tout redevient comme avant. Personne n'agit concrètement, personne ne semble avoir conscience de l'orientation que prend le monde et l'humanité. Et c'est pour ça que les deux adolescents sont tant de haine, et c'est pour ce leitmotiv qu'ils me tueront. Il veulent ouvrir les yeux à une humanité ingrate, ils veulent se faire entendre, faire éclater leur message aussi sûrement qu'une détonation de fusil déchire l'air. Dans leurs têtes résonnent les mots rédemption et purification, ils ne sont pas croyant, mais paradoxalement, ils pensent que les pêchés de l'humanité seront rachetés par quelques morts. Ils voulaient être des anges exterminateurs et abattre leurs mains vengeresses sur l'humanité toute entière.


_ Je me suis toujours demandé pourquoi il y avait toujours des petits cailloux sur les toits. A croire que quelqu'un les jette sciemment...

La haine, ce désir de tuer tout le monde avait subitement fait place à cette réflexion sans aucun intérêt. L'adolescent avait réussi à penser à autre chose, à ne pas céder à sa rage, à toute cette violence qu'il extériorise depuis déjà trop longtemps. Maintenant, les deux complices étaient prêts. Ils sortirent la carabine de chasse du sac de sport et s'allongèrent sur le sol poussiéreux du toit, position la plus stable pour les tirs lointains. L'un avait une paire de jumelle en mains et observait la rue, l'autre avait le doigt déjà appuyé sur la gâchette et attendait patiemment de faire sa première victime.

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